{"id":166,"date":"2020-06-10T18:21:34","date_gmt":"2020-06-10T21:21:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/?p=166"},"modified":"2020-06-12T17:34:44","modified_gmt":"2020-06-12T20:34:44","slug":"mado","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/2020\/06\/10\/mado\/","title":{"rendered":"Mado"},"content":{"rendered":"<p>[&#8230;]<\/p>\n<p><span style=\"color: #ffcc00;\">Mais on ne part pas comme on prend le m\u00e9tro au bout de la rue, comme on prend le train un beau matin, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre bross\u00e9 les dents \u00e0 l\u2019eau de Cologne, et mis sur son 31 boulevard des ge\u00f4les volontaires, on accomplissait alors son devoir de servitude quotidienne avec le sourire coinc\u00e9 qui est d\u00fb et requis \u00e0 toute entreprise qu\u2019on n\u2019a jamais vraiment entrepris de concevoir comme un acte d\u2019amour, plut\u00f4t comme un \u00e9ni\u00e8me pas au sortir du berceau, alors qu\u2019on nous acclame \u00e0 des ann\u00e9es de l\u00e0 d\u2019avoir fini sa soupe jusqu\u2019au seuil de la cuill\u00e8re, et qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, on est bien fier de pouvoir montrer qu\u2019on sait mieux que quiconque attacher ses chaussures et ses r\u00eaves avec la m\u00eame confiance aveugle dans les graphiques en courbe qui d\u00e9montrent assez savamment qu\u2019on a quand m\u00eame atteint le summum de l\u2019\u00e9volution sapiens sapiens. \u00ab\u00a0Tiens, c\u2019est vrai, il faut que j\u2019ach\u00e8te de la lessive au retour du boulot\u00a0: homo lave plus blanc que blanc, faudra que j\u2019essaie\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ffcc00;\">Blanc, c\u2019\u00e9tait aussi la couleur des voiles dont il avait un jour r\u00eav\u00e9 \u2013 os\u00e9 r\u00eav\u00e9, car son entourage lui avait aussit\u00f4t tr\u00e8s nasalement ri au nez. Tant pis ses voiles seraient noires, comme le firmament, comme un cosmos inconnu et prometteur qu\u2019on rencontre les nuits de nouvelle lune, quand on sort de chez soi aux heures tardives de la nuit, pouss\u00e9 par une insomnie ent\u00eatante, et qu\u2019on se rencontre pour quelques secondes, soi-m\u00eame devant l\u2019infini, soi-m\u00eame partie int\u00e9grante de l\u2019univers miroir. Depuis combien d\u2019ann\u00e9es n\u2019\u00e9tait-il pas sorti de chez lui \u00e0 l\u2019heure des sorci\u00e8res et des chats perch\u00e9s, \u00e0 l\u2019heure des lunatiques et des philosophes errants qui ont oubli\u00e9 o\u00f9 ils habitaient, quand le monde para\u00eet si vierge qu\u2019on se sent l\u2019\u00e2me des premiers p\u00e8lerins, largu\u00e9s dans l\u2019univers comme un avion qui d\u00e9colle, lanc\u00e9s sur le chemin sans carte ni boussole\u2026 Depuis combien de temps, dis\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ffcc00;\">Non d\u00e9cid\u00e9ment, la voie ferr\u00e9e n\u2019avait plus rien de sib\u00e9rienne, et le m\u00e9tropolitain lui faisait davantage penser \u00e0 des boites de sardines qu\u2019on aurait juxtapos\u00e9es sans les laver pour une expo d\u2019art contemporain, qu\u2019\u00e0 un moyen de transport con\u00e7u pour aller plus loin\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ffcc00;\">Jadis, Mado avait crois\u00e9 Tarik un long moment. C\u2019\u00e9tait, il s\u2019en souvenait, entre les pages noircies de merveilles d\u2019un livre longtemps tann\u00e9 au soleil. Comment s\u2019appelait ce bouquin fantastique qu\u2019il avait chin\u00e9 autrefois chez un bouquiniste des quais de Seine qui disait appartenir \u00e0 une famille de gens du cirque et attestait ses dires en jonglant avec les livres qu\u2019il vendait\u00a0? Tarik \u00e9tait alors tomb\u00e9 devant lui, attestant au passage que le bouquiniste avait un peu perdu la main, et Mado l\u2019avait relev\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019il sortait un billet de sa poche, autant pour la prestation que pour le livre lui-m\u00eame\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ffcc00;\">En y repensant ce matin-l\u00e0, cramponn\u00e9 \u00e0 sa barre de s\u00e9curit\u00e9, dans son wagon conserve bond\u00e9 de monde, qui l\u2019amenait de Bondy \u00e0 la D\u00e9fense (sardine tu n\u2019es que sardine et tu redeviendras sardine), il se demanda s\u2019il n\u2019aurait pas d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9poque accepter la proposition de Tarik qui semblait bien lui dire entre les lignes quelque chose d\u2019important, comme une invitation \u00e0 perdre pied dans la fuite id\u00e9ale, comme un souvenir lointain de sa vie vagabonde\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Non Mado, il n\u2019est pas fou le nomade, il sait bien que la vie est partout, au goulet de la rade\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ffcc00;\">Ce jour-l\u00e0, Kevin Bosmail, au 36<sup>e<\/sup> \u00e9tage de la tour Total, dans son vaste bureau enti\u00e8rement \u00e9quip\u00e9 de produits d\u00e9riv\u00e9s du p\u00e9trole, recevait un bien curieux message\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ffcc00;\">\u00ab Bonjour M. Bosmail, ici Mado Norade, de la soci\u00e9t\u00e9 Elevatronix. Je devais intervenir dans vos installations ce matin. Je viens cependant de croiser mon vieil ami Tarik entre les lignes. Je ne viendrai donc pas aujourd\u2019hui, pas plus que demain, ni m\u00eame apr\u00e8s. Attention vos ascenseurs sont en panne et risquent de le rester un bon moment. Bonne verticalit\u00e9 \u00e0 vous. Je vais quant \u00e0 moi explorer l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une horizontalit\u00e9 lib\u00e9ratrice.\u00a0 Je vous envoie un ami alpiniste dans la semaine. Bien cordialement, M.Norade\u00bb<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><i>Everything you look for always remains between the lines\u2026<\/i><\/h4>\n<h4><i>Tout ce que tu recherches se trouve toujours entre les lignes&#8230;<\/i><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[&#8230;] Mais on ne part pas comme on prend le m\u00e9tro au bout de la rue, comme on prend le train un beau matin, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre bross\u00e9 les dents \u00e0 l\u2019eau de Cologne, et mis sur son 31 boulevard des ge\u00f4les volontaires, on accomplissait alors son devoir de servitude quotidienne avec le sourire coinc\u00e9 qui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/166"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=166"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/166\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":183,"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/166\/revisions\/183"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=166"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=166"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.o-kahu.com\/chapitre1\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=166"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}