Allons enfants de vos racines ôter l’inôtable sans bruit
Bruissement d’aile un peu froissé – ce que l’on t’ôte rend otage
Ô Tage, Ô Tibre, Haut Oyapock, bientôt les fleuves coulent damnés
D’année en apnée tu le sais, ton lit n’abrite plus la vie,
Vilipendée elle s’enfuit vers d’autres cours, d’autres envies,
Envie qui marque les corps blêmes noircis de ce qui leur manquait,
Manquer, ce fantôme des choses qu’un vide au coin des yeux dessine
Des sine qua non à la pelle pour mettre en terre nos libertés
Liberté héritée reprise qui ne tient plus que par des lettres
Lettre à celui qui la reçoit : libre à toi de ne pas la prendre
L’apprendre comme on te l’enseigne, comme une marque qu’on te laisse
Laisse précédant toute cage, rien ne s’enseigne sans enclave
Clavée comme un clou dans le coeur de l’enfant qui naquit esclave
Hâves on nous dit libres de quoi on nous le répète sans cesse
Cecité tu vivras heureux, ignorant car si tu savais…
Savais le prix que d’autres payent pour nos semblants de liberté
Liberté héritée soumise aux lois des hommes et des marchés
Marchez, marchez, et qu’un bon sens abreuve sillons de navets
N’avérez rien mais cependant reprenons quelquefois encore
En choeur l’immense symphonie de ceux-là qui Liberté pleurent
Pleure Liberté, ton seul acquis, resteront libres au moins nos coeurs
(* Car au-delà de leurs prisons, ce seul acquis libère tes pleurs
La grande et belle symphonie de ceux-là qui libèrent tes pleurs
Car au-delà de leurs prisons, ce seul acquis : Liberté pleure)